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Qu’est-ce que la maladie mentale ?

Malheureusement, même de nos jours, la maladie mentale fait peur. Elle est souvent associée, à tort, à une faiblesse, à une perte de contrôle ou encore à des événements pénibles mais spectaculaires, lesquels sont souvent médiatisés Cependant, pour une grande majorité de personnes, la maladie mentale est une souffrance soigneusement cachée. Par exemple, on peut côtoyer des personnes atteintes de phobie sans même s'en rendre compte. À cause de tous ces préjugés entourant la maladie mentale, seulement une personne atteinte sur trois consultera un professionnel de la santé. Pourtant, les personnes atteintes de maladie mentales peuvent être soignées et souvent guéries. Par maladie mentale, on désigne l'ensemble des problèmes affectant l'esprit. En fait, il s'agit de manifestations d'un dysfonctionnement psychologique et souvent biologique. Ces perturbations provoquent différentes sensations de malaises, des bouleversements émotifs et/ou intellectuels, de même que des difficultés de comportement.  
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Quelles sont les causes des maladies mentales ?

En dépit de la recherche réalisée dans ce domaine, on ne connaît pas encore les causes de chacune des maladies mentales. On sait toutefois qu'il existe des facteurs déclenchant, souvent des événements douloureux qui peuvent favoriser son apparition, par exemple, la perte d'un être cher, un divorce, la perte d'un emploi, un accident ou une maladie grave.

De plus, on reconnaît aujourd'hui une origine biologique à certaines maladies. Grâce à la technologie moderne, le fonctionnement du cerveau est de mieux en mieux compris. Certaines substances identifiées par les chercheurs, telles la sérotonine (un neurotransmetteur) jouent un rôle important dans le développement des maladies mentales comme la dépression.

Les recherches indiquent que les maladies mentales résultent d'une interaction complexe de facteurs génétiques, biologiques, des traits de personnalité et de l'environnement social. C’est ce qui est appelé le modèle « bio-psycho-social ». Ce modèle souligne l'interaction constante entre les aspects biologique, psychologique et social des maladies en rejetant la réduction de la maladie à un seul de ces aspects de l'être humain et ce, au bénéfice de la personne atteinte.

Par contre, le cerveau demeure le lieu commun final du contrôle du comportement, de la pensée, de l'humeur et de l'anxiété. Toutefois, les liens entre des dysfonctions cérébrales spécifiques et des maladies mentales spécifiques ne sont pas tout à fait connus, (Kessler, R.C. et Ahangang, Z. (1999) paraphrasé dans Santé Canada et al. (2002). Rapport sur les maladies mentales au Canada, Ottawa, p. 22.) ce qui incite Santé Canada à préciser qu'« il est important de ne pas sur-interpréter les preuves disponibles au sujet du rôle des facteurs génétiques ou environnementaux comme cause des maladies mentales, car beaucoup plus de recherche sera nécessaire pour bien comprendre les causes des maladies mentales. » (Canada et al. (2002) Rapport sur les maladies mentales au Canada, Ottawa, p. 22. )

Corroborant cette ligne de pensée, les chercheurs de la Régie régionale de Montréal-Centre ajoutent que « [les] chaînes de causalité des troubles mentaux sont complexes. Malgré cette limite à nos connaissances, il est possible de réduire l'incidence des troubles mentaux en agissant, avant leur apparition, sur un ensemble de facteurs biologiques, psychosociaux ou physiques connus pour leur rôle causal. La prévention s'attaque tant aux facteurs de risque tant aux conditions pathogènes. » (Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre. (2001) Rapport annuel 2001 sur la santé de la population : Garder notre monde en santé, un nouvel éclairage sur la santé des adultes montréalais, p. 64.)
 

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Les facteurs de risques

Comme nous l’avons déjà mentionné, on ne connaît pas les causes exactes des maladies mentales. Cependant, les études suggèrent que les maladies mentales peuvent être la conséquence d’une combinaison de plusieurs facteurs.

Certains événements tels que la rupture chez un couple, le décès d'une personne aimée, des difficultés économiques, une mauvaise santé physique ou des handicaps, représentent des facteurs de risque contre lesquels une action préventive est possible.

D’autres facteurs comme des antécédents familiaux de maladie mentale, une enfance marquée par des abus physiques, sexuels ou psychologiques, des épisodes antérieurs de maladie mentale, des traumatismes psychologiques ou une accumulation importante de stress peuvent également favoriser le développement de troubles mentaux.
 

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Croyances populaires et tabous

Une enquête sur les perceptions de la population des maladies mentales effectuée en 1997 par le Collège royal des psychiatres d'Angleterre concluait que les personnes ayant une maladie mentale étaient perçues comme dangereuses et imprévisibles, de contact difficile, responsable de leur problème, ayant peu de chance de s'en sortir et répondant pauvrement au traitement. (Hayward, P. and Bright, J.A. (1997) "Stigma and mental illness: a review and critique." Journal of Mental Health, vol. 6, p. 345 à 354 cité dans Conseil médical du Québec. (2001) Les maladies mentales : un éclairage contemporain.)

Selon une autre étude réalisée en 2001, trois croyances populaires dressent une barrière au diagnostic et au traitement : (Roper Starch Worldwide Inc. (2001) cité dans Conseil médical du Québec. (2001) Les maladies mentales : un éclairage contemporain)


Croyances face au diagnostic

  • Les symptômes ne sont pas associés à un trouble mental : 93 % des personnes chez qui le diagnostic n'a pas été posé n'associent pas leurs symptômes à un trouble mental même si près de la moitié admettent que leurs symptômes leur causent de la détresse et restreignent leur fonctionnement social.
  • Les symptômes peuvent s'auto-traiter : près de la moitié des personnes chez qui le diagnostic a été posé ne consulteront pas un professionnel de la santé parce qu'elles pensent être capables de s'en sortir seules.
  • Le diagnostic en soi est stigmatisant : près de la moitié des personnes ayant reçu un diagnostic sont embarrassées par leur maladie alors que seulement 17 % de celles qui n'ont pas reçu un diagnostic officiel, mais qui ont des symptômes associés aux maladies mentales, éprouvent ce sentiment. Deux fois plus de personnes ayant reçu un diagnostic de maladie mentale craignent de parler de leur maladie à leurs amis.


Croyance face au traitement de la maladie

  • Les traitements non spécifiques tels l'augmentation de l'activité physique ou sociale, la relaxation, la gestion du stress, la lecture de récits de personnes ayant vécu le même problème sont très valorisés, alors que les traitements psychiatriques comme la médication ou l'hospitalisation sont considérés nuisibles. Dans cette optique, les vitamines et diètes spéciales l'emportent sur les antidépresseurs et les antipsychotiques. (National Mental Health Association Survey cité dans Conseil médical du Québec. (2001) Les maladies mentales : un éclairage contemporain)
  • Certains chercheurs ont voulu comprendre l'impact du contexte socio-culturel, en particulier l'influence de l'opinion publique sur le choix du traitement, sur l'acceptation de divers traitements psychiatriques et la fidélité au traitement par un individu. Les résultats suggèrent que la psychothérapie est tenue en haute estime par la population, tandis que la psychopharmacologie est rejetée par la grande majorité des répondants. (Angermayer et Matschinger (1996) cité dans Conseil médical du Québec. (2001) Les maladies mentales : un éclairage contemporain)
  • Pourtant, une étude récente confirme que la combinaison de la médication et de la thérapie amène un taux de réussite de 85 % chez les gens qui souffrent de maladie mentale. (Keller, Martin. (2001) « January Report. » in Journal of the American Medical Association (JAMA)

En somme, il est important de retenir que les croyances du public concernant à la fois les causes et les traitements des maladies mentales diffèrent beaucoup de celles des professionnels de la santé, surtout les psychiatres. Ces diverses croyances limitent l'utilisation optimale des services dans le réseau de la santé. (Conseil médical du Québec. (2001) Les maladies mentales : un éclairage contemporain)


Tabous

Les tabous et les préjugés reliés aux maladies mentales ont des impacts sur le plan de l'économie canadienne. Dans leur analyse du fardeau économique causé par les maladies mentales, Thomas Stephens et Natacha Joubert concluent leur rapport en stipulant que « [même] si on améliore les données [pour déterminer les coûts directs et indirects des maladies mentales], le fardeau économique que représentent les problèmes de santé mentale continuera probablement d'être sous-estimé tant que ces derniers ne seront pas signalés aussi ouvertement que les problèmes de santé physique. » (Stephen, T, et Joubert, N. (2001) « Le fardeau économique des problèmes de santé mentale au Canada. » in Les maladies chroniques au Canada, Direction générale de la santé de la population et de la santé publique (DGSPSP), p. 11. )1


1. Rappelons que Stephens et Joubert (Stephens, T, et Joubert, N. (2001), p. 1.) soutiennent que :

  • Les troubles mentaux se classent au septième rang sur la liste des 20 catégories nosologiques dont les coûts ont été estimés dans des publications [scientifiques].
  • Les coûts directs associés au traitement de troubles mentaux diagnostiqués par un médecin atteignaient 6,3 milliards $ (1998), soit 3,9 milliards $ pour les soins hospitaliers, 887 millions $ pour d'autres soins en établissement, 854 millions $ pour les soins médicaux et 642 millions $ pour les médicaments de prescription.
  • Les coûts indirects additionnels qui s'établissaient à 3 milliards comprenaient les journées de maladie à court terme (866 millions $), l'invalidité de courte durée (1 700 millions $) et les décès prématurés (400 millions), bien que ces derniers montants ne se limitent pas aux troubles diagnostiqués.
     
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