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De la stigmatisation de la maladie mentale à l’exclusion sociale | Texte de Jean-Patrick Ménard

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7 mai 2012

De la stigmatisation de la maladie mentale à l’exclusion sociale | Texte de Jean-Patrick Ménard

61e Semaine de la santé mentale  – 7 au 13 mai 2012

 

La maladie mentale : le dernier tabou

Pour beaucoup, la maladie mentale fait peur. Pourtant, nous connaissons tous une personne, de prêt ou de loin, qui a souffert d’une maladie mentale. De ce fait, la semainede la santé mentale 2012 est une tribune de choix pour souligner l’omniprésence de ce fléau social tentaculaire qui comporte plusieurs ramifications. Les gens aux prises avec une telle condition s’attirent les foudres symptomatiques liés à la psychopathologie, mais également celles de la stigmatisation et, au paroxysme, à l’exclusion sociale.


L’esprit de la stigmatisation

Pendant ou après le rétablissement d’une maladie mentale, nombreux sont les obstacles qui entravent le rétablissement et la réinsertion au sein de la société civile. À ce chapitre, on dénombre notamment la stigmatisation de la psychopathologie, c’est-à-dire le fait d’imputer un blâme en public ou en privé à une personne à laquelle se greffe un ensemble de caractéristiques négatives reliées, dans ce cas, à sa condition psychologique. Dans cette optique, les gens ayant souffert d’une maladie mentale font souvent les frais d’un ensemble de qualificatifs, pour le moins, peu élogieux. Par exemple, le champ lexical  véhiculé à leur égard est souvent celui d’un individu perçu comme « faible », «lâche», « fragile », « imprévisible », « dangereux » ou « moins intelligent ».

Paradoxalement, lorsqu’une personne est atteinte d’un cancer ou d’un problème cardiaque, l’environnement immédiat adopte davantage un langage et une posture empathique et conciliante qui prend même l’allure d’un propos positif en affirmant, par exemple, que cette personne travaille trop fort et devrait se reposer; une attribution positive. Parallèlement, lorsque nous apprenons qu’un ami ou un collègue souffre de dépression, le sens commun s’oriente davantage vers une attribution interne des causes de la maladie. Autrement dit, on prétend que la personne atteinte dispose de tous les outils pour s’en sortir ou « se ressaisir » comme si, par magie, le malade psychique pouvait soudainement cesser d’être déprimé et, par conséquent, de se soigner par son propre chef et ce, à tout moment.

Au-delà des causes psychologiques et environnementales pour expliquer cette condition, les maladies psychiatriques s’inscrivent, aux yeux des professionnels de la santé, autant dans des causes physiologiques et biologiques, c’est-à-dire au même titre que les maladies physiques. Pourtant et sur ce même dénominateur commun, le traitement différentiel de l’opinion publique tranche et contraste fortement entre la catégorisation des gens atteints de troubles de santé mentale et ceux atteints de pathologie physique. Pour plusieurs patients, le poids de la stigmatisation de leurs problèmes de santé mentale est souvent plus lourd à porter que les symptômes de la maladie elle-même. De ce fait, la stigmatisation de la maladie mentale est si fortement ancrée dans le sens commun de nos représentations collectives que les gens qui en sont atteints sont traités comme des gens de deuxième ou voire même de troisième classe comme s’ils étaient effectivement inférieurs aux gens dits normaux. À cet égard, cette stigmatisation ne se répercute pas simplement sur les patients, mais s’enracine également chez leurs proches, c’est-à-dire les amis ou la famille. Dans cette perspective, plusieurs études démontrent effectivement qu’une grande proportion de la population ne rendrait pas visite à un voisin dont un membre souffre d’une maladie mentale. Ce type d’attitude et de comportement s’explique par une fausse perception que la maladie mentale est en quelque sorte contagieuse au même titre que le serait la grippe. Si cela est vrai, alors que dire des conséquences du sens commun qui s’abat sur les gens qui sont directement aux prises avec une psychopathologie ?    


L’exclusion sociale

 Les professionnels de la santé sont d’accord pour dire que le soutien de l’environnement du patient est une condition importante pour le rétablissement du malade psychique en vue d’une réinsertion dans son milieu de travail ou, plus globalement, au cœur de la sphère publique. Pourtant, lorsque le poids de la stigmatisation exerce une pression beaucoup trop forte, nombreux sont les patients qui s’isolent pour éviter de souffrir davantage, c’est-à-dire de se mettre à l’abri du jugement, des injures ou des regards négatifs que portent certains segments de la population.

Heureusement, la neuroscience et la poursuite des recherches en matière de santé mentale connaissent de grands progrès à l’heure actuelle. Par contre, nombreux sont les gens présentant des manifestations de problèmes de santé mentale qui hésitent et refusent de tendre la main vers l’aide dont ils pourraient bénéficier. Dans les faits, pourquoi devrait-on dichotomiser la prise de psychotropes pour cause de maladie mentale alors que le diabétique qui prend son insuline quotidiennement en serait épargné ? Pourquoi devrait-on ériger des murs entre la maladie psychiatrique et la maladie physique alors qu’ils entretiennent des vecteurs neurologiques communs ? Devant ces faits, pourquoi la société entretient toujours des tabous envers ces maladies qui ne cessent de prendre de l’ampleur ?

À notre sens, si diverses instances vouées à la santé publique mettraient davantage de l’avant des campagnes de sensibilisation axées sur des gens qui ont, contre vents et marrées, su traverser de telles épreuves pour en ressortir plus fort, le sort de ceux qui portent le fardeau de la psychopathologie serait, un tant soit peu, mieux accepté voire même pleinement reconnu comme des citoyens à part entière.

En guise de conclusion, l’Histoire collective regorge de grands artistes, écrivains, politiciens et hommes d’affaires qui ont connus une réussite et une renommée internationale et ce, malgré la maladie mentale.

 

De la stigmatisation de la maladie mentale à l’exclusion sociale
Par M. Jean-Patrick Ménard,
étudiant en sociologie à l’Université de Montréal

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